Bonnefrite :

Dessinateur, illustrateur, fabricant artisanal d’images fixes ou animées, artiste associé depuis 2016, Benoît Bonnemaison-Fitte dit Bonnefrite métamorphose le banal, d’un trait de poésie graphique. Ses joyeux mots-signes-logos écrits à main levée colorent les esprits, rythment les saisons et ancrent Théâtre + Cinéma sur le territoire. Considérées comme une même oeuvre évolutive au long cours, les images qu’il fabrique ornent les brochures et le site Internet de la maison, les murs et les vitres du bâtiment, la caravane sur les routes et les affiches dans les rues. Seul ou avec des collaborateurs, il travaille pour des projets culturels – compagnies, lieux, festivals de théâtre, de cirque, de danse, de rue – dont il couvre les supports de communication de ses dessins. Aussi homme de scène, Bonnefrite réalise des performances dessinées pour des lectures, de la musique, du théâtre et se fait parfois dessinateur public.

D’où venez-vous ?
Je viens de là où j’habite, Aurignac. J’y ai ma famille mais je n’y ai pas toujours vécu : je suis né à Toulouse et mon père, professeur, a un temps été muté à Marmande, dans le Lot-et-Garonne. Et puis j’ai fait un bac Arts Appliqués à Bordeaux, un BTS design d’objets à La Souterraine et je suis parti à Paris étudier aux Ateliers, l’Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle. Mais à vrai dire, je suis vite redescendu à Toulouse et de Toulouse à Aurignac. La ville ne m’allait pas, il fallait que je rentre à la campagne. C’était vu comme une folie à l’époque, mais je ne pouvais pas faire autrement et je suis fier aujourd’hui d’avoir assumé ce choix.

Que vous a révélé votre trajectoire ?
En étant à Paris, j’ai compris que j’étais d’ici, ce qui ne veut pas dire qu’ailleurs c’est moins bien mais ici, entouré, je sais où et qui je suis. Mon isolement relatif m’a permis de développer ma propre écriture sans chercher à me conformer à des modes. Et paradoxalement, cela m’a permis de me perdre, de prendre des risques et d’apprendre à être nomade car au bout du compte, je voyage beaucoup !

En quoi votre choix, ce lieu de vie, influence-t-il votre créativité ?
Je considère que c’est presque un miracle de vivre de ma passion, j’y mets beaucoup de joie, de liberté. Je travaille dans une grange et, entre solitude et partage – deux étapes nécessaires à la création – cette proximité à une nature non paysagée, sauvage, est essentielle. La perspective compte aussi beaucoup pour moi : d’où je suis, je vois les Pyrénées. Peut-être ai-je essayé de retrouver ce que je vivais enfant, seul dans la forêt, à jouer, à bricoler, à dessiner déjà.

Est-ce qu’être d’Aurignac vous aurait prédestiné à tracer, à encrer ?
Oui sûrement car les peintures aurignaciennes de la Grotte Chauvet m’ont beaucoup influencé. J’aime la théorie du chamanisme énoncée par Jean Clottes au sujet des peintures pariétales. À l’époque, les populations étaient nomades et se déplaçaient dans tout le bassin du Sud. Ils allaient dans les grottes pour y effectuer des rites. Les traces de mains, ces premières impressions, matérialiseraient des lieux de passages vers le monde des morts. Comme eux, je vois le dessin comme un passage vers un autre monde, celui du rêve, de la poésie. Comme eux, je dessine mes fresques au charbon dans des spectacles (comme dans Chunky Charcoal avec Sébastien Barrier présenté à Théâtre + Cinéma en 2017) et je suis aussi un peu nomade. Mes grands-parents étaient espagnols et finalement, quand je dis d’où je suis, je dis que je suis du Sud.

De quelle manière accompagnez-vous Théâtre + Cinéma depuis 2016 ?
D’une année sur l’autre, c’est la même chose mais différemment. On a fait évoluer le langage vers du rythme, de la couleur et des signes abstraits inspirés dans un premier temps par les yeux des habitants puis par les feuillages et les vagues. Je suis aussi content d’avoir humanisé le bâtiment. Cette année, je réinvente le titre avec ce PLUS en toutes lettres : plus sensuel, plus liant. Et tout autour, fond et forme se mêlent.