Olivia Ruiz

Chanteuse, musicienne et actrice, Olivia Ruiz croque la vie et ceux qu’elle y croise de sa voix gouailleuse, avec son énergie ravageuse. L’artiste porte dans sa chair, ses racines espagnoles et dans son chant la force de la résilience. Enfant, elle étudie le théâtre, la danse, la musique, le chant. Adolescente, elle monte ses premiers groupes ; joue avec Frank Marty multi-instrumentiste de Narbonne (Les Croquants et La Varda) ; assure des premières parties et concoure à des tremplins. En 2001, elle participe à la première édition de Star Academy. Demi-finaliste couronnée de succès, elle signe chez Universal et sort son premier album J’aime pas l’amour. Quatre autres disques suivront, dont La femme chocolat vendu à plus d’un million d’exemplaires. Bien entourée des Weepers Circus, de Chet et Nery (ex VRP), de Juliette, Mathias Malzieu (Dionysos) et des “Françoises” dont elle fait partie avec Camille, Jeanne Chéral, La Grande Sophie, Rosemary Standley et Emily Loizeau, Olivia Ruiz voit son chemin auréolé de quatre Victoires de la Musique et trois Globes de Cristal. Elle déplie aujourd’hui sur scène des facettes à la fois plus intimes et plus engagées de son art, dont la comédie musicale Volver, signée avec le chorégraphe Jean-Claude Gallotta et inspirée de sa propre histoire, serait le manifeste.

D’où venez-vous ?
Je suis née à Carcassonne et j’ai grandi à Marseillette, un petit village pas si loin de Narbonne. Mon père était musicien, chanteur de bal et ma mère travaillait à la Mutualité Sociale Agricole. Dès l’âge de 12 ans, je faisais partie des Médiévales de la Cité de Carcassonne. C’est grâce à un professeur de musique, lorsque j’étais au collège de Capendu, que je me suis orientée vers l’art et que j’ai intégré l’option théâtre du lycée Docteur Lacroix à Narbonne. Je suis ensuite partie suivre des études d’Arts du spectacle à l’Université Paul Valéry de Montpellier et la musique a très vite pris le pas, jusqu’à mon départ précipité pour Paris. C’est pour moi un vrai fantasme de revenir ici.

Quelle était votre Narbonne, adolescente ?
Je faisais les fripes dans le quartier gitan où vivaient ma grand-mère et ma tante, chez qui je logeais. Je vivais entre le lycée et le Théâtre, traversant les Barques quasi quotidiennement. J’y ai rencontré mes amies, certaines toujours à mes côtés. On vivait en troupe déjà, liées par cette même passion pour la scène. Nos cours de jeu se déroulaient sur le plancher de la grande salle du Théâtre et, pour pouvoir voir les spectacles gratuitement, on faisait souvent les petites mains. Ces années ont énormément compté pour moi.

Alors, aujourd’hui, qu’est-ce pour vous que de revenir en tant qu’artiste associée à Théâtre + Cinéma ?
C’est une superbe boucle ! Revenir dans ce lieu où j’ai vécu mes premières expériences théâtrales, au moment-même où je reviens aussi devant la caméra en tant qu’actrice. Et puis ici, je me rapproche de la source, je suis toujours une occitane, même à Paris ! J’aime voir les vieux ici, écouter les gens parler, manger, j’aime cette simplicité. J’ai envie d’offrir le meilleur de moi-même aux gens, qu’ils soient les plus heureux du monde, quelle que soit la situation. J’ai envie d’aller dans les villages et de participer à la démocratisation de l’accès au théâtre.

Depuis quelques années, vous dénouez vos racines espagnoles. Qu’est-ce qui anime votre projet Bouches Cousues ?
Je suis petite fille de 3 immigrés espagnols et j’ai toujours été intriguée par le silence fait sur leur histoire, celle de la guerre d’Espagne. J’ai d’abord créé un petit répertoire de chansons ayant marqué l’histoire des espagnols en France, lien indéniable avec leurs racines. Des chansons des films d’Almodovar ou de Carlos Saura en passant par des traditionnels iberiques mondialement connus. Puis j’ai remis la main sur des photos que j’avais faites pour ramener virtuellement mes grand-parents chez eux avec mon lomo. J’ai alors décidé de proposer à des artistes de réfléchir comme moi sur le thème du déracinement et de la quête identitaire, interpellée par le fait que cet épisode soit tu, même par ses propres protagonistes, et qu’ils aient dû se construire avec cela.