Pierre Maillet

Acteur et metteur en scène, Pierre Maillet éclaire, par l’humour et la métamorphose, des identités débridées, des figures libres qui, à la marge de la société, en révèlent le centre. En 1994, avec des amis de l’École du Théâtre National de Bretagne à Rennes, il fonde Les Lucioles, l’un des premiers collectifs d’acteurs. Animés par un même désir de liberté, ils favorisent l’expression des singularités comme parties prenantes du projet commun. Au sein du collectif, il joue dans les projets de ses camarades – Marcial Di Fonzo Bo, Frédérique Loliée, Élise Vigier notamment – et met en scène les siens, dont les récents Little Joe d’après la trilogie cinématographique de Paul Morrissey Flesh/Trash/Heat (2013/15), One night with Holly Woodlawn (2018) et Le Bonheur (n’est pas toujours drôle) d’après trois scénarios de Rainer Werner Fassbinder (2019). En dehors du collectif, il intègre de nombreux projets théâtraux et travaille au cinéma, récemment sous la direction de Justine Triet (Victoria – 2016) et Louis Garrel (Les Deux amis – 2015). Également artiste associé à la Comédie de Caen et à la Comédie de Saint-Étienne, Pierre Maillet est nommé chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en 2017.

D’où venez-vous ?
Je suis né à Narbonne, de parents commerçants qui tenaient une boucherie avenue du Général Leclerc. Mon oncle tenait un vidéo-club où je passais une grande partie de mon temps libre. Il faut dire que j’étais un adolescent très cinéphile, j’allais tout voir au Vox, au Kursaal, à L’Alhambra ou à L’Alcazar. C’est ici, très jeune, que j’ai su que je deviendrai acteur.

À l’époque, quels films ont pu nourrir ce désir ?
Il y en a tellement ! Je peux citer Elephant Man de David Lynch, les films de Steven Spielberg qui ont bercé ma génération et Tootsie de Sydney Pollack, une véritable révélation en 1983, lorsque je l’ai vu dans une des nouvelles salles du Vox. Ce film parle tellement bien du métier, de la vie d’acteur, du travestissement, de la réinvention de soi. Il m’a donné une perspective de vie. Ce qui est drôle, c’est que cette extraordinaire Holly Woodlawn – artiste transgenre que j’incarne dans la performance musicale que vous découvrirez cette saison – a coaché Dustin Hoffmann pour jouer ce rôle.

Quelle a ensuite été votre trajectoire ?
À 16 ans, j’ai quitté Narbonne pour intégrer le lycée à Montpellier dans le cadre d’un dispositif nouveau, l’option théâtre. Ces années ont été extrêmement fondatrices pour moi, j’y ai rencontré une nouvelle famille. Bac en poche, je suis parti à Rennes intégrer la première promotion de l’École du Théâtre National de Bretagne et là aussi, j’ai rencontré ma bande. Depuis 25 ans, on poursuit avec Les Lucioles cette aventure d’une vie qu’est le théâtre. Et chaque jour, c’est une chance de vivre de sa passion.

Et quelle est la place du cinéma dans votre art ?
Je fais du théâtre comme si je faisais du cinéma dans le sens où je réalise sur scène les films que je ne réaliserai jamais. J’y mets cette intensité émotionnelle propre au cinéma et le plaisir du jeu, évident au théâtre. J’ai récemment mis en scène des films (Little Joe et aujourd’hui Le Bonheur (n’est pas toujours drôle)) et j’ai envie de continuer sur cette voie, à adapter le cinéma au théâtre.

Que représente pour vous le fait d’être de retour à Narbonne, comme artiste associé à Théâtre + Cinéma ?
Je suis très heureux, c’est le bon moment pour revenir je crois. L’année dernière, j’ai appelé Marion Fouilland-Bousquet, comme ça, pour lui dire que j’étais d’ici. C’est incroyable que notre conversation se soit transformée en association. Le théâtre n’existait pas encore lorsque je vivais à Narbonne (il a été inauguré en 1994) et j’y suis entré pour la première fois cette année (2019) seulement ! C’était très émouvant car lors de notre première réunion avec l’équipe de la Scène nationale, j’ai appris que certaines personnes connaissaient ma famille. Il y a quelque chose de très familier à rejoindre cette maison.